RAPPORT DE LA QUATRIÈME
CONFÉRENCE MONDIALE SUR LES FEMMES:
DECLARATION ET PLAN D'ACTION
DE BEIJING, CHINE
4-15 SEPTEMBRE 1995
Chapitre 1
E. Les femmes et les conflits
armés
Objectif stratégique
E.1. Élargir la participation des femmes au règlement
des conflits au niveau de la prise de décisions et protéger
les femmes vivant dans les situations de conflit armé et
autres ou sous occupation étrangère
Objectif stratégique
E.2. Réduire les dépenses militaires excessives et
contrôler la disponibilité des armements
Objectif stratégique E.3. Promouvoir
des formes non violentes de règlement des conflits et réduire
les violations des droits fondamentaux dans les situations de conflit
Objectif stratégique
E.4. Promouvoir la contribution des femmes au développement
d’une culture valorisant la paix
Objectif stratégique
E.5. Fournir protection, assistance et formation aux réfugiées,
aux autres femmes déplacées ayant besoin d’une
protection internationale et aux femmes déplacées
à l’intérieur de leur propre pays
Objectif stratégique
E.6. Prêter assistance aux femmes des colonies et des territoires
non autonomes
131. Un environnement qui assure le maintien de la paix mondiale
et la promotion et la défense des droits de l’homme,
de la démocratie et du règlement pacifique des différends,
conformément aux principes du non-recours à la menace
ou à l’emploi de la force contre l’intégrité
territoriale ou l’indépendance d’un pays et du
respect de la souveraineté des États énoncés
dans la Charte des Nations Unies, est un élément important
pour favoriser l’amélioration de la condition de la
femme. La paix est indissociable de l’égalité
entre les sexes et du développement. Des conflits, notamment
des conflits armés, ainsi que le terrorisme et les prises
d’otages, persistent dans de nombreuses régions du
monde; l’agression, l’occupation étrangère,
les conflits ethniques et autres sont une réalité
permanente dont souffrent des hommes et des femmes dans presque
toutes les régions. On continue d’observer en divers
endroits du monde des violations flagrantes et systématiques
des droits de l’homme et des situations faisant gravement
obstacle au plein exercice de ces droits. Outre la torture et les
peines ou traitements cruels, inhumains ou dégradants, les
exécutions sommaires et arbitraires, les disparitions forcées
et la détention arbitraire, on trouve parmi ces violations
toutes les formes de racisme et de discrimination raciale, d’occupation
et de domination étrangères, de xénophobie,
de misère, de faim et de violation des droits économiques,
sociaux et culturels, d’intolérance religieuse, de
terrorisme, de discrimination à l’égard des
femmes et d’absence d’un état de droit. Le droit
humanitaire international, qui interdit les attaques contre les
populations civiles en tant que telles, est parfois systématiquement
ignoré, et les droits de l’homme sont souvent violés
dans les situations de conflit armé; la population civile,
surtout les femmes, les enfants, les personnes âgées
et les handicapés, souffre de ces violations. La violation
des droits fondamentaux des femmes dans les situations de conflit
armé est contraire aux principes fondamentaux des droits
de l’homme reconnus sur le plan international et du droit
humanitaire. Les violations systématiques des droits de l’homme,
particulièrement le génocide, l’utilisation
du nettoyage ethnique et ses conséquences, le viol, notamment
le viol systématique de femmes dans les situations de guerre,
qui provoquent un exode massif de réfugiés et de personnes
déplacées, sont des pratiques abominables, qui sont
condamnées et auxquelles il faut mettre un terme immédiatement,
et les auteurs de ces crimes doivent être punis. Certains
de ces conflits armés ont leur origine dans la conquête
ou la colonisation d’un pays par un autre État et dans
la perpétuation de cette colonisation par la répression
politique et militaire.
132. La Convention de Genève relative à la protection
des personnes civiles en temps de guerre, de 1949, et ses protocoles
additionnels de 197724 stipulent que les femmes seront spécialement
protégées contre toute atteinte à leur honneur,
et notamment contre les traitements humiliants et dégradants,
le viol, la contrainte à la prostitution et tout attentat
à leur pudeur. La Déclaration et le Programme d’action
de Vienne, adoptés à la Conférence mondiale
sur les droits de l’homme, stipulent en outre que "les
violations des droits fondamentaux des femmes dans les conflits
armés constituent des violations des principes fondamentaux
des droits de l’homme internationaux et du droit humanitaire"25.
On continue à déplorer dans divers endroits du monde
des violations flagrantes et des situations qui font obstacle au
plein exercice des droits de l’homme : toutes les violations
de ce type, dont en particulier le meurtre, le viol, y compris le
viol systématique, l’esclavage sexuel et les grossesses
forcées, appellent une action particulièrement énergique.
Ces violations peuvent prendre de nombreuses formes : torture, peines
ou traitements cruels, inhumains ou dégradants, détentions
sommaires et arbitraires, toutes sortes de manifestations du racisme
et de la discrimination raciale, xénophobie, non-respect
des droits économiques, sociaux et culturels et intolérance
religieuse.
133. Les violations des droits de l’homme commises dans les
situations de conflit armé et d’occupation militaire
contreviennent aux principes fondamentaux des droits de l’homme
internationalement reconnus et du droit humanitaire, tels qu’ils
sont inscrits dans les instruments internationaux relatifs aux droits
de l’homme et dans les Conventions de Genève de 1949
et dans leurs Protocoles additionnels. Les violations flagrantes
des droits de l’homme et les politiques de nettoyage ethnique
se poursuivent dans les zones déchirées par la guerre
et les zones occupées. Ces pratiques ont créé,
entre autres, des courants massifs de réfugiés et
autres personnes déplacées ayant besoin d’une
protection internationale, et de personnes déplacées
à l’intérieur de leur propre pays, dont la majorité
sont des femmes, des adolescentes et des enfants. Il y a souvent
plus de victimes dans la population civile — surtout des femmes
et des enfants — que parmi les combattants. De plus, beaucoup
de femmes soignent des combattants blessés et, en raison
du conflit, se trouvent soudain seules pour gérer le ménage
et soigner les enfants et les parents âgés.
134. Dans un monde où persistent l’instabilité
et la violence, il est urgent de mettre en oeuvre des approches
de la paix et de la sécurité fondées sur la
coopération. L’égalité d’accès
et la pleine participation des femmes aux structures de pouvoir
et leur contribution à tous les efforts déployés
pour prévenir et régler les conflits sont indispensables
au maintien et à la promotion de la paix et de la sécurité.
Bien que les femmes commencent à jouer un rôle important
dans le règlement des conflits, dans le maintien de la paix,
au sein des mécanismes de défense et dans les affaires
étrangères, elles sont toujours sous-représentées
aux postes de responsabilité. Pour pouvoir jouer un rôle
égal à celui des hommes, dans l’établissement
et le maintien de la paix, les femmes doivent avoir plus de pouvoir
politique et économique et être suffisamment représentées
à tous les niveaux de la prise de décisions.
135. S’il est vrai que les communautés subissent tout
entières les conséquences des conflits armés
et du terrorisme, les femmes et les petites filles sont particulièrement
touchées en raison de leur place dans la société
et de leur sexe. Le viol est souvent impuni et les parties à
un conflit l’utilisent parfois systématiquement comme
tactique de guerre et de terrorisme. Les femmes de tous âges
sont exposées à la violence et à la violation
de leurs droits fondamentaux : déplacements forcés,
perte de leur domicile et de leurs biens, perte ou disparition involontaire
de proches parents, pauvreté, séparation et désintégration
des familles; elles peuvent être victimes de meurtres, d’actes
de terrorisme, de torture, de disparitions forcées, d’esclavage
sexuel, de viols, de sévices sexuels et de grossesses forcées
dans les situations de conflit armé, surtout dans le sillage
des politiques de nettoyage ethnique et d’autres formes nouvelles
de violence. À cela s’ajoutent les effets sociaux,
économiques et
psychologiques irréversibles des conflits armes, ainsi que
de l’occupation et de la domination étrangères.
136. Les femmes et les enfants représentent environ 80 %
des millions de réfugiés et d’autres personnes
déplacées de par le monde, y compris les personnes
déplacées à l’intérieur de leur
propre pays. Ils sont sous le coup de toutes sortes de menaces :
pertes de leurs possessions, privation de biens et de services,
déni du droit de rentrer chez eux, violence et insécurité.
Il faut prêter une attention particulière à
la violence sexuelle exercée contre les femmes et les petites
filles coupées de leurs racines, qui est employée
comme méthode de persécution dans des campagnes systématiques
de terreur et d’intimidation visant à contraindre les
membres d’un groupe ethnique, culturel ou religieux particulier
à fuir. Les femmes peuvent également être forcées
de s’enfuir en raison de craintes justifiées de persécutions
notamment sous forme de sévices sexuels et d’autres
violences sexospécifiques pour les raisons énumérées
dans la Convention de 1951 relative au statut des réfugiés
et son Protocole de 1967, et elles demeurent vulnérables
à la violence et à l’exploitation durant leur
fuite, dans les pays d’asile et de réinstallation,
ainsi que pendant et après leur rapatriement. Dans certains
pays d’asile, elles
ont du mal à faire reconnaître leur statut de réfugiées
quand leur demande se fonde sur ces persécutions.
137. Dans la plupart des cas, les réfugiées, les migrantes
et les femmes déplacées font preuve de force, d’endurance
et d’initiative et peuvent être un atout pour les pays
où elles se réinstallent, ou pour leur pays d’origine
lors de leur retour. Il convient de les faire participer dans la
mesure voulue aux décisions qui les concernent.
138. Nombre d’organisations non
gouvernementales féminines ont réclamé que
l’on réduise les dépenses militaires dans le
monde entier, et que l’on mette un frein au commerce et au
trafic internationaux des armes ainsi qu’à la prolifération
des armements. Les premières victimes des conflits et des
dépenses militaires excessives sont les pauvres qui souffrent
de l’absence d’investissement dans les services de base.
Les femmes qui vivent dans la pauvreté, notamment dans les
zones rurales, pâtissent également des effets de l’utilisation
d’armes particulièrement traumatisantes ou frappant
sans discrimination. Plus de 100 millions de mines terrestres antipersonnel
sont éparses dans 64 pays. Il faut réduire l’impact
négatif qu’ont sur le développement les dépenses
militaires excessives, le commerce des armes et les investissements
dans la fabrication et l’acquisition d’armements. Cela
étant, le maintien de la sécurité nationale
et de la paix est un facteur important de croissance
économique et de développement, ainsi que de renforcement
du pouvoir d’action des femmes.
139. En période de conflit armé et d’éclatement
des collectivités, les femmes ont un rôle crucial à
jouer. C’est souvent à elles qu’il incombe alors
de préserver l’ordre social. Elles jouent un rôle
important et souvent méconnu en assurant l’éducation
à la paix dans leur famille et leur entourage.
140. Pour parvenir à une paix durable, il est fondamental
que chacun s’imprègne, dès son plus jeune âge,
d’une culture pacifiste, qui honore la justice et la tolérance
pour tous et pour toutes les nations. Chacun devrait également
être initié aux principes du règlement des conflits,
de la médiation, de la lutte contre les préjugés
et du respect de la diversité.
141. S’agissant des conflits, notamment des conflits armés,
il faudrait promouvoir une politique active qui vise ostensiblement
à généraliser la prise en compte des sexospécificités
dans toutes les initiatives et tous les programmes, de façon
que toute décision soit précédée d’une
analyse des répercussions sur les intéressés
en fonction de leur sexe.
Objectif stratégique E.1. Élargir
la participation des femmes au règlement des conflits au
niveau de la prise de décisions et protéger les femmes
vivant dans les situations de conflit armé et autres ou sous
occupation étrangère
Mesures à prendre
142. Les gouvernements et les institutions intergouvernementales,
internationales et régionales devraient:
a) Promouvoir la participation égale
des femmes et des possibilités égales de participation
aux travaux de toutes les instances et à toutes les activités
de paix à tous les niveaux, notamment à celui de la
prise de décisions, y compris au Secrétariat de l’Organisation
des Nations Unies, tout en veillant à assurer une répartition
géographique équitable, conformément à
l’Article 101 de la Charte des Nations Unies;
b) Intégrer la problématique hommes-femmes dans le
règlement des conflits, notamment les conflits armés
et l’occupation étrangère et s’efforcer
de respecter un juste équilibre entre les sexes dans les
propositions de candidature et les nominations à des postes
de juge et autres dans tous les organismes judiciaires internationaux
tels que les Tribunaux internationaux des Nations Unies pour l’ex-Yougoslavie
et pour le Rwanda, la Cour internationale de Justice et d’autres
organes compétents en matière de règlement
pacifique des différends;
c) Préparer ces organes à aborder comme il convient
la problématique hommes-femmes en dispensant aux procureurs,
aux juges et aux autres responsables la formation requise pour traiter
des affaires de viol, de grossesse forcée dans les situations
de conflit armé, d’attentat à la pudeur et d’autres
formes de violence à l’égard des femmes dans
des conflits armés, y compris en cas d’actes de terrorisme,
et tenir compte des sexospécificités dans leurs activités.
Objectif stratégique E.2.
Réduire les dépenses militaires excessives
et contrôler la disponibilité des armements
Mesures à prendre
143. Les gouvernements devraient :
a) Intensifier et accélérer, en tenant compte des
impératifs de sécurité nationale, la conversion
à des fins pacifiques et de développement des ressources
affectées à la défense et aux industries connexes;
b) Chercher les moyens de dégager de nouvelles ressources
financières de sources publiques et privées, notamment
en réduisant dans la mesure voulue sans préjudice
des impératifs de sécurité nationale, les dépenses
militaires excessives — budget global de la défense,
commerce des armes, investissements dans la production et l’acquisition
d’armes — de manière à pouvoir éventuellement
allouer des fonds supplémentaires au développement
économique et social, en particulier en vue de la promotion
de la femme;
c) Prendre des mesures pour démasquer et punir les membres
de la police, des forces de sécurité et des forces
armées et autres personnes qui se rendent coupables d’actes
de violence à l’égard des femmes, de violations
du droit
international humanitaire et de violations des droits fondamentaux
des femmes lors de conflits armés;
d) Sans préjudice des besoins légitimes de la défense
nationale, prendre conscience du danger que font peser sur la société
les conflits armés et des effets négatifs des dépenses
militaires excessives, du commerce des armes, notamment des armes
particulièrement traumatisantes ou frappant sans discrimination,
et des investissements excessifs dans la production et l’achat
d’armements, et faire le nécessaire pour parer à
ce danger; dans le même esprit, prendre conscience de la nécessité
de lutter contre le trafic d’armes, la violence, la criminalité,
la production, la consommation et le trafic de drogues illicites,
et la traite des femmes et des enfants;
e) Reconnaissant que les femmes et les enfants souffrent particulièrement
de l’emploi inconsidéré de mines terrestres
antipersonnel :
i) S’engager à s’employer activement à
ratifier, s’ils ne l’ont pas encore fait, la Convention
de 1981 sur l’interdiction ou la limitation de l’emploi
de certaines armes classiques qui peuvent être considérées
comme produisant des effets traumatiques excessifs ou comme frappant
sans discrimination, en particulier le Protocole sur l’interdiction
ou la limitation de l’emploi de mines, pièges et autres
dispositifs (Protocole II)26, en vue de leur ratification universelle
d’ici à
l’an 2000;
ii) S’engager à envisager sérieusement de renforcer
la Convention en vue de contribuer à réduire le nombre
des victimes et les souffrances intenses qu’inflige à
la population civile l’emploi inconsidéré de
mines terrestres;
iii) S’engager à promouvoir l’aide au déminage,
notamment en facilitant, l’échange d’informations,
le transfert de technologie et la recherche scientifique sur les
moyens de déminage;
iv) Dans le cadre de l’ONU, s’engager à soutenir
les efforts visant à coordonner un programme commun d’aide
au déminage, sans discrimination indue;
v) Adopter dès que possible, s’ils ne l’ont encore
fait, un moratoire sur les exportations de mines terrestres antipersonnel
y compris les exportations d’entités non gouvernementales;
la Conférence note avec satisfaction que de nombreux États
ont déjà proclamé des moratoires sur l’exportation,
le transfert ou la vente de ces mines;
vi) S’engager à encourager de nouveaux efforts internationaux
tendant à rechercher des solutions aux problèmes causés
par les mines terrestres antipersonnel, l’objectif ultime
étant de les éliminer; la Conférence considère
que les États pourront réellement progresser vers
cet objectif lorsqu’ils trouveront d’autres moyens viables
mais plus humains;
f) Compte tenu du rôle de premier plan des femmes dans le
mouvement pacifiste :
i) Oeuvrer en vue d’un désarmement général
et complet, soumis à un contrôle international strict
et efficace;
ii) Promouvoir des négociations en vue de conclure au plus
vite un traité d’interdiction complète des essais
nucléaires, ayant une portée universelle et qui soit
multilatéralement et effectivement vérifiable, afin
de contribuer au désarmement nucléaire et de prévenir
la prolifération des armements nucléaires sous tous
ses aspects;
iii) En attendant l’entrée en vigueur d’un traité
d’interdiction complète des essais nucléaires,
faire preuve de la plus grande retenue en ce qui concerne les essais
nucléaires.
Objectif stratégique E.3. Promouvoir
des formes non violentes de règlement des conflits et réduire
les violations des droits fondamentaux dans les situations de conflit
Mesures à prendre
144. Les gouvernements devraient :
a) Envisager de ratifier les instruments internationaux contenant
des dispositions relatives à la protection des femmes et
des enfants dans les conflits armés, y compris la Convention
de Genève relative à la protection des personnes civiles
en temps de guerre, de 1949, les Protocoles additionnels aux Conventions
de Genève de 1949 relatifs à la protection des victimes
des conflits armés internationaux (Protocole I) et à
la protection des victimes des conflits armés non internationaux
(Protocole II)24, ou d’y adhérer;
b) Respecter pleinement les normes du droit international humanitaire
lors des conflits armés et prendre toutes les mesures nécessaires
pour protéger les femmes et les enfants, en particulier contre
le viol, la prostitution forcée
et toute autre forme d’attentat à la pudeur;
c) Renforcer le rôle des femmes et assurer leur représentation
égale à tous les niveaux de responsabilité
au sein des institutions nationales et internationales susceptibles
de définir ou d’influencer les politiques relatives
au maintien de la paix, à la diplomatie préventive
et aux activités connexes, ainsi qu’à tous les
stades de la médiation et des négociations de paix,
compte tenu des recommandations spécifiques formulées
par le Secrétaire général dans son plan d’action
stratégique pour l’amélioration de la situation
des femmes au Secrétariat (1995-2000) (A/49/587, sect. IV).
145. Les gouvernements et les organisations internationales et régionales
devraient :
a) Réaffirmer que tous les peuples ont le droit de disposer
d’eux-mêmes, en particulier les peuples soumis à
la domination coloniale ou à d’autres formes de domination
ou d’occupation étrangères, et qu’il importe
que ce droit soit
effectivement réalisé, comme l’affirment, notamment,
la Déclaration et le Programme d’action de Vienne2
adoptés par la Conférence mondiale sur les droits
de l’homme;
b) Encourager la diplomatie, la négociation et le règlement
pacifique des différends, conformément à la
Charte des Nations Unies, en particulier aux paragraphes 3 et 4
de son Article 2;
c) Exiger la dénonciation et la condamnation du recours systématique
au viol et à d’autres formes de traitement inhumain
et dégradant des femmes délibérément
utilisés comme instrument de guerre et de nettoyage ethnique
et veiller à ce que toute l’assistance requise soit
fournie aux victimes de ces sévices en vue de leur rétablissement
physique et psychologique;
d) Réaffirmer que le viol perpétré au cours
d’un conflit armé est un crime de guerre et, dans certaines
circonstances, un crime contre l’humanité et un acte
de génocide; tel que défini dans la Convention pour
la prévention et la répression du crime de génocide27;
prendre toutes les mesures requises pour protéger les femmes
et les enfants contre les actes de cette nature et renforcer les
mécanismes chargés de démasquer et de punir
tous les responsables de ces actes et d’en traduire les auteurs
en justice;
e) Appuyer et renforcer les normes énoncées dans le
droit international humanitaire et les instruments internationaux
relatifs aux droits de l’homme afin de prévenir tous
actes de violence à l’égard des femmes dans
les situations de conflit, notamment de conflit armé; enquêter
de manière approfondie sur tous les actes de violence perpétrés
contre des femmes en temps de guerre, notamment sur les viols, en
particulier les viols systématiques, la prostitution forcée
et
toute autre forme d’attentat à la pudeur, et l’esclavage
sexuel; poursuivre tous les responsables de crimes de guerre à
l’égard de femmes et faire en sorte que les victimes
obtiennent entière réparation;
f) Engager la communauté internationale à condamner
et à combattre le terrorisme sous toutes ses formes et manifestations;
g) Tenir compte des sexospécificités lors de l’élaboration
de tous les programmes d’enseignement du droit international
humanitaire et des droits de l’homme et recommander qu’un
tel enseignement soit dispensé au personnel participant aux
opérations humanitaires et de maintien de la paix des Nations
Unies, en mettant l’accent sur la prévention de la
violence à l’égard des femmes, en particulier;
h) S’opposer à toute mesure unilatérale contraire
au droit international ou à la Charte des Nations Unies,
qui ferait obstacle à la pleine réalisation du développement
économique et social de la population des pays touchés,
en particulier des femmes et des enfants, porterait préjudice
à leur bien-être et compromettrait le plein exercice
de leurs droits fondamentaux, y compris le droit de chacun à
un niveau de vie convenable, à la santé et au bien-être,
à la nourriture, aux soins de santé et aux services
sociaux essentiels, et s’abstenir d’adopter aucune mesure
de ce genre. La Conférence réaffirme que la nourriture
et les médicaments ne doivent pas être un moyen de
pressions politiques;
i) Adopter des mesures conformes au droit international afin de
minimiser les conséquences négatives des sanctions
économiques sur les femmes et les enfants.
Objectif stratégique E.4. Promouvoir
la contribution des femmes au développement d’une culture
valorisant la paix
Mesures à prendre
146. Les gouvernements, les institutions intergouvernementales,
internationales et régionales, et les organisations non gouvernementales
devraient :
a) Promouvoir le règlement pacifique des conflits, la paix,
la réconciliation et la tolérance par l’éducation,
la formation, l’action communautaire et des programmes d’échange
entre jeunes, en particulier à l’intention des jeunes
femmes;
b) Encourager le développement de la recherche sur la paix
avec la participation des femmes, en vue d’examiner les conséquences
des conflits armés pour les femmes et les enfants ainsi que
la nature et la portée de la participation des femmes aux
mouvements pacifistes nationaux, régionaux et internationaux;
étudier et définir des mécanismes novateurs
de prévention de la violence et de règlement des conflits,
et les vulgariser en vue de leur utilisation tant par les femmes
que par les hommes;
c) Favoriser la recherche sur les conséquences physiques,
psychologiques, économiques et sociales des conflits armés
sur les femmes, en particulier les jeunes femmes et les petites
filles, et en diffuser les résultats, en vue d’élaborer
des politiques et des programmes d’atténuation des
conséquences des conflits;
d) Envisager de mettre en place des programmes d’éducation
à l’intention des filles et des garçons afin
de promouvoir une culture pacifiste, axée sur la solution
des conflits par des moyens non violents et sur la tolérance.
Objectif stratégique E.5. Fournir
protection, assistance et formation aux réfugiées,
aux autres femmes déplacées ayant besoin d’une
protection internationale et aux femmes déplacées
à l’intérieur de leur propre pays
Mesures à prendre
147. Les gouvernements, les organisations intergouvernementales
et non gouvernementales, ainsi que les autres institutions chargées
de protéger et de fournir une assistance et une formation
aux réfugiées, aux autres femmes déplacées
ayant besoin d’une protection internationale et aux femmes
déplacées dans leur propre pays, et notamment le Haut
Commissariat des Nations Unies pour les réfugiés et
le Programme alimentaire mondial, devraient, selon les cas :
a) Veiller à ce que les femmes participent pleinement à
la programmation, à la conception, à l’exécution,
au suivi et à l’évaluation de tous les projets
et programmes à court ou à long terme d’assistance
aux réfugiées, aux autres femmes déplacées
ayant besoin d’une protection internationale et aux femmes
déplacées dans leur propre pays, notamment à
la gestion des camps de réfugiés et des ressources;
faire en sorte que les femmes et les petites filles réfugiées
et déplacées aient directement accès aux services
offerts;
b) Offrir une protection et une assistance adéquates aux
femmes et enfants déplacés à l’intérieur
de leur propre pays et trouver des solutions, à des fins
de prévention, aux causes profondes de leur déplacement
et, s’il y a lieu, faciliter leur retour ou leur réinstallation;
c) Prendre des dispositions visant à garantir la sécurité
et l’intégrité des réfugiées,
des autres femmes déplacées ayant besoin d’une
protection internationale et des femmes déplacées
dans leur propre pays, tant durant leur exil qu’à leur
retour dans leur localité d’origine, notamment par
des programmes de réinsertion; protéger efficacement
les réfugiées et des femmes déplacées
de la violence; mener des enquêtes impartiales et approfondies
sur toute violation
et en porter les coupables devant la justice;
d) Tout en respectant pleinement et en observant strictement le
principe du non-refoulement des réfugiés, prendre
toute disposition nécessaire pour garantir le droit des réfugiées
et des femmes déplacées à un retour librement
consenti dans leur localité d’origine en toute sécurité
et dans la dignité, et leur droit d’être protégées
après leur retour;
e) Prendre des dispositions, à l’échelon national,
le cas échéant, avec une coopération internationale,
conformément à la Charte des Nations Unies, pour trouver
des solutions durables aux questions concernant les femmes déplacées
dans leur propre pays, notamment leur droit de retourner volontairement
et en toute sécurité dans leur lieu d’origine;
f) Faire en sorte que la communauté internationale et les
organisations internationales apportent des ressources financières
et autres pour fournir les secours d’urgence et des aides
à plus long terme qui tiennent compte des besoins, des ressources
et des capacités spécifiques des réfugiées,
des autres femmes déplacées ayant besoin d’une
protection internationale et des femmes déplacées
à l’intérieur de leur propre pays; dans les
activités de protection et d’assistance, prendre toutes
les mesures voulues pour éliminer la discrimination à
l’égard des femmes et des filles afin de leur assurer
l’accès à égalité à une
nourriture convenable et suffisante, à l’eau, au logement,
à l’éducation, aux services sociaux et de santé,
notamment de santé en matière de procréation,
aux soins obstétriques, et aux services de lutte contre les
maladies tropicales;
g) Veiller à ce que du matériel éducatif soit
disponible dans la langue appropriée, même dans les
situations d’urgence, afin de réduire au maximum les
interruptions de la scolarité des enfants réfugiés
et déplacés;
h) Appliquer les normes internationales garantissant aux femmes
l’égalité des droits et l’égalité
de traitement dans les procédures d’octroi du statut
de réfugié et du droit d’asile, et veiller notamment
au plein respect et à la stricte application du principe
du non-refoulement, en harmonisant les législations nationales
relatives à l’immigration avec les instruments
internationaux pertinents, et en envisageant de reconnaître
le statut de réfugié aux femmes qui le demandent parce
qu’elles craignent avec raison de subir des persécutions
pour les raisons énumérées dans la Convention
de 195128 et le
Protocole de 196729 sur le statut de réfugié, notamment
des violences sexuelles et d’autres formes de persécution
liées à leur sexe; et charger des agents et du personnel
féminin ayant reçu une formation spéciale de
les interroger sur les
événements délicats ou pénibles, tels
que les attentats à la pudeur, qu’elles ont subis;
i) Encourager et aider les États à élaborer
des critères et des principes directeurs sur la façon
de combattre les persécutions visant spécifiquement
les femmes, en faisant connaître les initiatives prises dans
ce domaine par certains États et en veillant à leur
application stricte et équitable;
j) Promouvoir l’autonomie des femmes réfugiées,
des autres femmes déplacées ayant besoin d’une
protection internationale et des femmes déplacées
dans leur propre pays et mettre en place des programmes de formation
aux
responsabilités et à la prise de décisions
à l’intention des femmes, et en particulier des jeunes
femmes, au sein des communautés de réfugiés
ou de rapatriés;
k) Assurer la protection des droits fondamentaux des réfugiées
et des femmes déplacées et veiller à ce qu’elles
soient pleinement informées de ces droits; veiller à
ce que l’importance vitale du regroupement familial soit
reconnue;
l) Permettre, le cas échéant, aux femmes dont la qualité
de réfugiée est établie de suivre des programmes
de formation professionnelle comprenant notamment des cours de langues,
une formation à la création et à la gestion
de petites entreprises, des services d’assistance et de conseil
sur toutes les formes de violence à l’égard
des femmes, en particulier à l’intention des victimes
de tortures et de traumatismes. Les gouvernements et d’autres
donateurs devraient fournir des contributions suffisantes aux programmes
d’aide aux réfugiées, aux autres femmes déplacées
ayant besoin d’une protection internationale et aux femmes
déplacées à l’intérieur de leur
propre pays, compte tenu en particulier des effets qu’ont
sur les pays hôtes les besoins croissants de vastes populations
réfugiées et de la nécessité d’élargir
la gamme des donateurs de façon à mieux partager les
charges;
m) Sensibiliser le public à la contribution apportée
par les réfugiées aux pays d’accueil, faire
mieux comprendre leurs droits fondamentaux, leurs besoins et leurs
compétences et promouvoir la compréhension et l’acceptation
mutuelles au moyen de programmes éducatifs encourageant des
relations harmonieuses entre les cultures et entre les races;
n) Fournir des services essentiels et des services d’appui
aux femmes qui ont dû quitter leur foyer à cause du
terrorisme, de la violence, du trafic des drogues ou d’autres
raisons liées à la violence;
o) Faire mieux connaître les droits fondamentaux des femmes
et dispenser, le cas échéant, une formation et un
enseignement sur les droits de l’homme aux militaires et policiers
affectés dans les zones de conflit armé et dans les
zones d’accueil des réfugiés.
148. Les gouvernements devraient :
a) Diffuser et appliquer les principes directeurs du Haut Commissariat
des Nations Unies pour les réfugiés sur la protection
des femmes réfugiées et ses lignes directrices pour
l’évaluation des traumatismes et des violences et les
soins à apporter aux victimes, ou donner dans tous les secteurs
des programmes d’assistance aux réfugiés des
instructions analogues élaborées en étroite
coopération avec les femmes réfugiées;
b) Protéger les femmes et les enfants de migrants de toute
violation ou déni de leurs droits fondamentaux que pourraient
perpétrer les entités d’accueil, et examiner
la possibilité de prolonger leur permis de séjour,
en cas de dissolution des liens familiaux, dans le respect de la
législation nationale;
Objectif stratégique E.6. Prêter
assistance aux femmes des colonies et des territoires non autonomes
Mesures à prendre
149. Les gouvernements, et les organisations intergouvernementales
et non gouvernementales devraient :
a) Soutenir et promouvoir l’exercice du droit de tous les
peuples à disposer d’eux-mêmes, tel qu’il
est défini, notamment, dans la Déclaration et le Programme
d’action de Vienne, en organisant des programmes spéciaux
de formation aux responsabilités et à la prise de
décisions;
b) Sensibiliser le public, selon qu’il
convient, par l’intermédiaire des médias, par
l’éducation à tous les niveaux et par des programmes
spéciaux, afin de mieux faire comprendre la situation des
femmes des colonies et des territoires non autonomes.
Vous pouvez trouver ce chapitre à
http://www.un.org/esa/gopher-data/conf/fwcw/off/plateng/9520p2.en
Pour une intégralité du rapport visiter: http://www.un.org/womenwatch/confer/beijing/reports/plateng.htm
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