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Violences sexuelles contre les
femmes et les filles
December 7, 2004 - (monuc.org) Une jeune fille victime
de violences sexuelles. La guerre est pourtant terminée;
mais des hommes en uniforme continuent à violer des femmes
en toute impunité dans l'Equateur. Certaines se cachent toujours
dans des forets à Ikela, Basankusu ou encore Imese, par peur
des militaires, et en attendant le départ de leurs villages
de ces derniers. Les Nations Unies, en collaboration avec des ONG
locales, tentent de «soigner» les victimes de cette
barbarie d'une autre époque. Dernière initiative en
date, un séminaire sur les droits et la détraumatisation
des femmes victimes des violences sexuelles qui vient de s'achever
à Mbandaka.
Du 1er au 6 décembre 2004, une quarantaine de délégués
venus des quatre coins de la province de l'Equateur ont assisté
à Iyonda/Mbandaka à un séminaire sur les droits
et la détraumatisation des femmes victimes des violences
sexuelles. Les participants ont été outillés
sur les techniques d'écoute et de prise en charge des victimes;
mais aussi sur les droits de l'homme en général et
de la femme en particulier, sur la médiation familiale. Le
choix de Mbandaka n'était pas le fait du hasard pour le Haut
Commissariat des Nations Unies aux Droits de l'Homme, la Catholic
Relief Services (CRS) et le Fonds de Développement des Nations
Unies pour la Femme-UNIFEM, principaux organisateurs de ce séminaire,
en collaboration avec la Commission Diocésaine Justice et
Paix.
Mbandaka et l'Equateur passent pour être l'un des sanctuaires
des bourreaux des femmes au Congo. Imese, Bongandanga, Basankusu,
Gemena, autant de villes et localités de l'Equateur où
les femmes osent à peine sortir de leurs maisons pour aller
aux champs ! De nombreuses femmes continuent à se cacher
dans des forets à Ikela ou Basankusu, en attendant le départ
de ces militaires de leurs localités.
La guerre est pourtant terminée, mais les violences sexuelles
contre les femmes et les jeunes filles continuent. Toujours montrés
du doigt, les hommes en uniforme. Mais ces bourreaux circulent librement,
pendant que leurs victimes continuent elles, à se terrer
dans leurs maisons ou dans la brousse. Le cas de Imese vers le Congo-Brazzaville,
à 1 000 kilomètres de Mbandaka est connu de tous.
Une mission de la MONUC s'y était rendue en début
de cette année; le constat était déjà
accablant : insécurité croissante, viols de femmes
par des hommes en uniforme. Six à sept mois plus tard, les
informations en provenance de cette localité font toujours
état des mêmes exactions sur les populations civiles
et les femmes en particulier. Certains prétendent même
que les militaires seraient devenus plus nombreux que les civils;
des civils qui aux trois-quarts avaient fuit Buburu et Imese, pour
aller se réfugier au Congo-Brazzaville; et qui aujourd'hui,
manifestent le désir de retourner chez eux. Seulement entre-temps,
leurs maisons et terres avaient été investies par
des militaires; la peur de ces mêmes militaires les dissuade
de traverser la rivière et de rentrer chez eux, selon les
Chefs de groupement de ces localités.
A Basankusu, l'on parle de 5 000 à 10 000 militaires cantonnés
dans l'aérodrome de la ville, et qui sèment la terreur
contre les femmes. Non contents de les violer, ils confisquent aussi
le produit de leurs champs; le bétail n'est pas en reste,
il suffit qu'un militaire ait faim ou que son épouse le lui
demande, pour qu'il aille prendre de force la chèvre ou le
porc d'un paysan ou d'une éleveuse! Des témoignages
recoupés parlent d'une situation intenable, proche d'une
jungle, où le militaire se comporte en roi de la foret! La
guerre a favorisé la libre circulation des armes, en même
temps qu'elle a produit de nombreux combattants; tous n'ont pas
été retenus pour la nouvelle armée nationale
intégrée. Ceux-là, qui n'ont rien à
manger, qui n'ont plus d'emploi mais qui ont gardé leurs
effets militaires (armes et uniformes) constituent l'effectif le
plus important des violeurs de femmes à l'Equateur. Une situation
qui ne justifie pas leur comportement, ni n'explique l'impunité
dont ils jouissent.
«Outiller les encadreurs.». Autre cas connu de tous,
celui d'un certain commandant ANTONOV à Gemena. Tristement
célèbre par ses «exploits», la simple
évocation de son nom suffit à vous faire peur. A Gemena,
le «commandant», ancien du MLC qui a rejoint les FARDC,
exercerait un véritable droit de cuissage sur les jeunes
filles; des témoins racontent qu'il suffit que l'une d'elles
lui plaise pour que sur ses ordres, celle-ci soit embarquée
manu militari par sa garde. Personne n'ose parler, mais tout le
monde le sait. Les victimes se cachent, par honte et par peur. Ceux
qui tentent de leur venir en aide sont régulièrement
l'objet de menaces; ils sont aussi en général dépourvus
de toute formation en matière de prise en charge des personnes
victimes des violences sexuelles. Un des objectifs du séminaire
qui s'est achevé lundi 6 décembre dernier à
Iyonda à dix kilomètres de Mbandaka était justement
de les outiller en techniques et mécanismes onusiens de protection
des droits de l'homme en général et des femmes en
particulier. La plupart de ces encadreurs n'ont que leur courage
et leur cour pour «détraumatiser» et secourir
les victimes.
Le séminaire leur a ainsi appris à écouter
une personne victime des violences sexuelles (le débriefing);
il les a aussi dotés de techniques de médiation familiale,
qui permettent aux victimes de se réinsérer dans leurs
familles et communautés; la prise en charge psychosociale
et le VIH/SIDA n'ont pas été oubliés durant
cette formation. Une formation qui a par ailleurs permis aux participants
de se familiariser avec les textes régissant les droits des
femmes, notamment la Convention sur l'élimination de toutes
Formes de Discrimination à l'égard des Femmes (CEDEF),
le protocole additionnel, la Charte Africaine des Droits de l'Homme
et des peuples relative aux Droits des Femmes, le protocole facultatif,
la Convention sur les Droits Sociaux et Culturels, l'Article 51
de la Constitution de Transition en RDC ou encore l'organisation
et la compétence judiciaire.
Certes un séminaire comme celui-ci ne peut, à lui
seul, éradiquer ce phénomène. Les organisateurs
en sont bien conscients. Mais comme José Mutima du Haut Commissariat
des Nations Unies aux Droits de l'Homme le dit, «la formation
contribue activement à la lutte contre les violences sexuelles;
nous avons un module sur la prise en charge psychosociale, qui a
pour but de briser le silence, d'inciter les victimes à parler,
et à dénoncer les auteurs de ces violences.»
Le silence, un des terreaux sur lequel le phénomène
des violences sexuelles pousse, et qu'il convient effectivement
de briser.
«Nécessaire implication des autorités judiciaires».
De plus en plus, des voix se lèvent en Equateur, pour stigmatiser
ce phénomène. ONGs nationales et internationales,
agences des Nations Unies, la MONUC, communautés religieuses.,
tous sont déterminés à mener la vie dure aux
auteurs des violences sexuelles. Un Comité de suivi des résolutions
du séminaire vient ainsi d'être mis en place; celui-ci
organisera la restitution de la formation, mais aussi des réunions
fréquentes des acteurs, des visites sur le terrain, la sensibilisation
et l'éducation continue de la communauté. Les autorités
provinciales entendent se joindre à cette bataille. Le Procureur
de la République de Mbandaka a participé à
ce séminaire, en tant que personne ressource. A travers lui,
c'est la Justice de l'Equateur qui a affirmé son engagement
et sa détermination à la promotion et la valorisation
de la femme équatorienne. Il s'est par ailleurs engagé
à instruire et à impliquer tous ses collaborateurs
afin que des mesures préventives et protectrices soient prises
à tous les niveaux, pour mettre la femme de la province de
l'Equateur à l'abri des violences sexuelles.
La lutte contre les violences sexuelles est l'affaire de tous; à
commencer par celle des autorités judiciaires qui, à
travers une répression sans faille, devraient faire comprendre
aux auteurs des abus sexuels que l'ère de l'impunité
est terminée.
From: http://www.monuc.org/Story.aspx?storyID=350
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