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DES FILLES VIOLEES PAR DES TRAVAILLEURS
HUMANITAIRES, SELON UN RAPPORT DE L'ONU
Par Gustavo Capdevila
4 mars, 2002 - (IPS) Des adolescentes refugiees
dans des camps en Afrique de l'ouest sont victimes d'exploitation
et d'abus sexuels de la part de stravailleurs humanitaires des agences
internationales et des organisations non gouvernementales (ONG),
a rapporte mercredi une agence des Nations unies.
Une enquete menee par le bureau du Haut commissariat
des Nations unies pour les refugies (HCR) et l'organisation humanitaire
''Save the Children'' (Sauvez les enfants) basee au Royaume-Uni,
a revele des cas d'abus dans des camps de refugies en Guinee, au
Liberia et en Sierra Leone. Le rapport accuse les personnels des
agences de l'ONU, des forces armees et des ONG nationales et internationales
ainsi que les responsables des administrations locales et les chefs
de communautes.
Des temoignages recueillis dans les trois pays font
etat d'abus commis par des travailleurs humanitaires representant
plus de 40 agences et organisations et 67 individus, selon le HCR.
Juan Martinez, porte-parole du Comite international de la Croix-Rouge
(CICR), a annonce que son institution condamnait sans equivoque
de tels actes inacceptables qui portent prejudice, notamment aux
personnes vulnerables.
Le chef d'une coalition d'ONG de developpement basee
en Suisse, Peter Niggli, reclame des sanctions severes contre les
responsables de ce scandale. Il a fait remarquer qu'aucune organisation
suisse ne figurait parmi les 40 impliquees dans les abus. Ives Bellego,
porte-parole de Medecins sans frontieres (MSF), a exprime son indignation
a propos des abus et a fait savoir que l'organisation MSF, qui figurait
dans le rapport du HCR, menerait une enquete internationale.
Selon le responsable de MSF, on doit s'attaquer
aux causes premieres du probleme, puisque des millions de refugies
passent de longues periodes dans des camps qui n'ont pas d'equipements
ni de ressources financieres suffisants. L'enquete du HCR et de
l'organisation ''Save the Children'' affirme que la violence et
l'exploitation sexuelle semblent etre monnaie courante dans les
communautes qu'ils ont visitees en Guinee, au Liberia et en Sierra
Leone.
L'equipe chargee de l'enquete, dirigee par un representant
de chacune des deux organisations et comprenant un consultant independant,
a interroge 1.500 enfants et adultes, et a ete informee de graves
abus commis par 67 individus travaillant pour des agences et des
ONG dont le mandat est officiellement de proteger les refugies et
les deplaces. ''L'echange du sexe contre de l'argent ou des dons
parait repandu et la majorite des enfants interroges affirment connaitre
chacun au moins un autre enfant implique dans un tel echange'',
indique le rapport.
Les enfants considerent souvent cette pratique comme
la seule option qu'ils ont pour obtenir de la nourriture ou pour
satisfaire d'autres besoins, y compris des ressources pour l'education.
La plupart des victimes sont des adolescentes agees de 13 a 18 ans.
Les auteurs des abus sont generalement des hommes qui detiennent
un pouvoir et une influence relatifs, qui ont acces aux marchandises
et aux services ou qui ont des revenus eleves, selon l'equipe chargee
de l'enquete. L'elite relativement prospere comprend le personnel
de l'ONU, des membres des forces de maintien de la paix et des travailleurs
des ONG humanitaires.
Dans les trois pays visites, des travailleurs des
ONG internationales et locales ainsi que des agences de l'ONU seraient,
dit-on, ceux qui commettent le plus frequemment des abus sexuels
sur des enfants, ''utilisant souvent l'aide et les services humanitaires
destines justement a profiter a la population des refugies comme
outils d'exploitation''.
En echange du sexe, on donnait aux filles de moins
de 18 ans de l'huile de cuisine, du ble, des toiles plastiques,
des medicaments, des moyens de transport, on leur accordait des
prets, on leur dispensait des cours educatifs et une formation pour
acquerir des competences, indique le rapport. Une femme refugiee
en Guinee affirme que dans son camp, ''personne ne peut avoir acces
au CSB (une substance nutritive du soja) sans avoir au prealable
des rapports sexuels''. ''Un kilo en echange du sexe'', disent-ils.
Une fille vivant dans un camp de refugies au Liberia pourrait recevoir
l'equivalent de 10 cents sur le dollar en echange du sexe. Avec
les pieces de monnaie, elle peut tout juste s'acheter deux fruits
ou une poignee decacahuetes.
L'enquete du HCR et de l'organisation ''Save the
Children'' fait partie d'un ''plan d'action urgent et coordonne
visant a renforcer la protection des femmes et des enfants en general''.
Parmi les mesures proposees, figurent un renforcement de la securite,
une augmentation de la presence internationale a l'interieur des
camps de refugies ainsi que l'accroissement du nombre de femmes
travailleuses humanitaires.
Le plan envisage egalement la creation d'un mecanisme
qui permettrait aux refugies d'exprimer des plaintes ou de faire
des denonciations, et de s'assurer que les camps sont concus de
maniere a garantir la securite et l'intimite aux residents.
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