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Echo de la Femme
Promotion et appui aux initiatives feminines (PAIF), Bulletin n° 001 Février 2002
Responsable de l'édition : PAIF/NORD-KIVU


Sommaire
 
Éditorial……………………………………….1
La Femme au 17 Janvier 2002 à Goma: débâcle et surprise…………………………….1
Le Bilan d'un sinistre sur l'orbite de la femme…………………………………………..2
Et comme si cela ne suffisait pas: les droits de la femme sacrifiés………………….……….4
L'aide humanitaire entre le bien et le mal...…5
La reprise de la vie sera-t-elle possible pour la femme de Goma ?…………………….5
...Mais il faudra apprendre à vivre avec le volcan……………………………………..….6
 
Editorial
 
Nyiragongo au Féminin

Le 17/01/2002, au moment où personne ne pouvait s'y attendre la colère du voisin Nyiragongo, silencieux depuis 1977, s'est manifestée tristement sur la ville de Goma. Personne n'a été épargné, les riches comme les pauvres, les femmes comme les enfants, tout le monde était concerné.

En quelques heures la coulée de lave impitoyable a dévisagé et enterré les biens et les maisons sur 80% de la partie viable de la ville de Goma. Les dégâts sont innombrables à tel point que de milliers de familles se retrouvent aujourd'hui sans abri ni économie.

Au moment où toutes les forces vives se mobilisent pour redonner du souffle à la population sinistrée de Goma, PAIF ne peut pas croiser les bras. PAIF qui oeuvre depuis 1992 pour la défense des droits de la femme et l'appui à leurs initiatives a été également dépouillé de tout son patrimoine qui s'est effondré par la lave.

Comme tout le monde PAIF se pose aujourd'hui la question de comment reprendre l'initiative. En attendant "Écho de la Femme" se propose, à travers le titre " Nyiragongo au féminin", de jeter un regard sur la question particulière de la femme de Goma sinistrée.

Dans la mesure du possible cet outil d'information sera produit 2 fois par mois durant la période de crise. Il portera essentiellement l'attention sur la manière dont évoluent ou sont pris en compte les droits de la femme surtout en ce moment où tout est à recommencer .
 
La Femme au 17 Janvier 2002 à Goma : débâcle et surprise

Il était 11heures, lorsque les rumeurs sur l'éruption du volcan commençaient à se répandre dans la ville. Le démon du Nyiragongo crachait du feu pareil à du sang et des flammes. De loin on apercevait une grande lueur rouge et de la fumée du coté des villages de Kibati et Muja. Personne n'osait croire que le pire allait arriver tellement on y était pas habitué. Certains disaient presque avec certitude que la lave se dirigeait vers Kibati, Munigi et le Rwanda. Bien plus ce jour là tous les bureaux étaient fermés, les boutiques et les magasins. C'était un jour férié. Par la voie des ondes on entendait exhorter la population au calme, à ne pas paniquer et de rester à la maison.

Mais paradoxalement vers 17 heures on voyait une file de gens en provenance de Munigi, Ngangi, Majengo et Virunga se sauvant vers la ville et vers Katindo. A ce moment précis la lave se trouvait déjà au niveau du quartier Majengo. Ce fut la débandade totale à commencer par les quartiers Virunga et Office. Cependant, en ville d'aucuns poursuivaient paisiblement leur passe-temps. On s' inquiétait très peu.

Pour la plupart, les femmes restées seules à la maison avec les enfants, d'autres vaquant à leurs activités habituelles, étaient désemparées. Fallait-il se sauver, à l'absence des maris ? Que fallait-il emporter et jusqu'où ? Les femmes se trouvaient ainsi obligées de quitter avec les enfants en abandonnant tous les biens avec l'espoir que leurs maisons allaient être épargnées. Certaines d'entre elles tentaient de récupérer quelques objets de la maison. On les a vues se mouvant comme des tracteurs.

Dans la débandade bon nombre d'enfants se sont égarés déconcertant leurs mères qui à leur tour devaient abandonner une partie des enfants à la recherche des disparus. Après on ne se retrouvait plus.

Le soir alors qu'on venait de priver la ville de l'électricité, il y avait une luminosité effroyable qui a éclairé la ville comme en plein jour. Chacun prenait la direction de son choix, essentiellement vers le Rwanda et vers Sake. Des familles entières se retrouvant entre deux feux se sont réfugiées sur le mont Goma , d'autres au port SNCC (Société Nationale des Chemins de fer Congolais) en attendant un bateau de sauvetage pour gagner Bukavu.
Le même jour, pendant que les uns prenaient les larges d'autres s'affairaient aux pillages dans les endroits qui étaient préservés. Même les femmes étaient au rendez-vous.

Le lendemain certains osaient regagner leurs toits quand ils n'avaient pas disparus mais pour la plupart c'était la grande désolation. A ce moment seulement, les autorités politiques demandaient à la population de s'éloigner de la ville soit que l'opération pouvait se rééditer soit qu'il fallait protéger les enfants des effets néfastes des gaz contenus dans la lave qui dit-on restera chaude et fumante trois mois durant.

Le Bilan d'un sinistre sur l'orbite de la femme

La marche dévastatrice de la lave sur la ville de Goma

Ce feu roulant n'avait apparemment qu'un seul objectif, d'effacer la partie active de la ville de Goma sur la carte du Nord au Sud. Les grands comme les petits immeubles des quartiers Majengo , Virunga, une partie de Katindo droite et le centre ville ont été défoncés et confondus à la lave . Sur la partie concernée on note, la perte de 8O% des bâtiments utilitaires. Les grands tout comme les petits commerçants ont trouvé toutes leurs économies calcinées ou pillées quelques heures après.

Pour ne citer que ça, on note que 11 grands commerçants sur l'axe Virunga ainsi que les mamans vendeuses du marché et des dépôts ont été dépouillés de tout. C'est le cas de Mama Dana, Mme Colette Kasongo, Mwanaw'eka, Zephanie, l'association des mamans vendeuses de poissons (AMAVEPSA), les boutiquiers et les pharmacien (ne)s etc.
Les enquêtes menées jusque-là sur les "sans abri" font état de 1080 maisons charriées par la lave dans le quartier Virunga, 900 maisons dans le Majengo, 1250 à Murara, 504 à Katoyi, 85 dans le quartier "les volcans" (cfr bulletin du CCN, n° 001 du 02/02/2002).

En définitif, le quartier Majengo n’existe plus, la moitié du quartier Virunga a disparu et à l'office on ne compte désormais que quelques habitations. Presque tous les bâtiments commerciaux du centre ville, sur l'artère principale ont été emportés.

Des associations féminines fragilisées

Avant l'éruption volcanique, le PAIF comptait à son actif un nombre de 30 associations de femmes partenaires réparties géographiquement de la manière suivante:

- Dans la ville de Goma, 25 associations dont 5 dans le quartier Virunga, 2 à Kahembe, 8 à Majengo, 6 à Katindo et 4 dans le quartier Mikeno.

- En dehors de la ville de Goma, 5 associations encadrées dont 3 dans le territoire Nyiragongo, 1 à Sake/Masisi et 1 à Katana/Sud-Kivu.

Les domaines d'activités de ces associations sont variés dans les proportions suivantes:

. Commerce informel 70% soit 21 associations
. Métiers artisanaux 17% soit 5 associations
. Agriculture 10% soit 3 associations
. Pêche 3% soit 1 association.

Le nombre des familles membres s'élève à 546 représentées par 534 femmes et 12 hommes.

Considérant la moyenne de 7 membres par famille, nos interventions d'appui à l'économie familiale atteignent facilement un chiffre de 3822 bénéficiaires directs.

Parmi les 546 familles membres des associations, 110 sont aujourd'hui sans abri familial à la suite du volcan. Dans l'ensemble de leurs activités, 371 familles ont été dépouillées de leurs avoirs collectifs, soit 68% et 27 familles victimes des pillages soit 5%

Les familles restantes, dans la mesure où elles auraient sauvé quelque chose, se sont heurtées à de multiples imprévus d'ordre sécuritaire alors que le taux du franc rwandais prenait des proportions déprédatrices. Pour la plupart ces familles s'étaient réfugiées au Rwanda où il fallait savoir survivre.

Les mêmes familles, après la diaspora, sont restées jusqu'aujourd'hui soumises à l'envahissement des familles sans abri qui viennent trouver protection auprès d'elles. Les 546 familles, qu'elles aient été frappées ou non par la catastrophe accusent un surnombre des personnes à charge. Les données à notre portée font état de 4 546 personnes recensées pour toutes les familles.

Des lieux de leurs activités commerciales en ville de Goma, les femmes des associations ont perdu davantage des biens entreposés dans les espaces commerciaux endommagés tels que : - le marché Virunga; - le marché Cadeco ; - le marché Majengo; - la ligne OPTICO et la ligne OFFICE-Centre Ville. Mais malgré le fiasco, les femmes de Goma ne se découragent pas. Il faut savoir recommencer!

PAIF à ras de sol

En plus des investissements en biens meubles et immeubles qui ont été arrachés à travers les associations féminines encadrées par PAIF, cette association-mère n'a pas elle-même échappé au cataclysme du Nyiragongo. Situés, dans les enceintes de la COOPEC IMARA sur l'avenue Président Mobutu (rebaptisée Boulevard Kanyamuhanga), les bureaux de PAIF ont pris feu avec tout leur contenu.

"Toute l'équipe nous étions au bureau jusqu'à 14 heures lorsqu'à la radio on semblait montrer qu'il n y avait rien à craindre. Chacun est rentré dans son quartier presque rassuré. Vers 19 heures, la Coordinatrice constata que la lave avançait jusqu'au niveau de la cathédrale située à 1km au dessus de notre office. Il fallait accourir pour tenter de sauver quelque chose, mais c'était en vain. Le Gérant de la COOPEC avait remplacé subitement le cadenas à l'entrée de la parcelle, on ne sait pourquoi et sans aviser personne. Aucune procédure n'était envisageable au moment où la chasse aux pilleurs avait commencé et que l'on risquait de se faire assimiler à eux. Il ne restait plus qu'à compter sur la providence.

Vers 22heures alors que nous tentions de prendre le large vers le Rwanda, nous nous sommes aperçus que tout brûlait dans les parages de nos bureaux. Hélas, le sort était jeté ! Le lendemain effectivement, à notre grande désolation, nous nous apercevions que tout était perdu."

Au total PAIF s'est vu privé en quelques minutes de tout son patrimoine précieux, comme qui dirait "oeuvre de tant de jours en un jour effacé":

- Tous les équipements de bureau : 7 ordinateurs, un lecteur CD externe, 3 imprimantes, 3 photocopieuses, 1 scanner, divers appareils etc.
- Tout le mobilier : tables, chaises, armoires etc.
- Des fournitures importantes de bureau,
- Beaucoup d'autres effets précieux y compris les rapports d'activités et les dossiers administratifs ont été ensevelis en plus d'une somme importante d'argent destiné aux micro-crédits rotatifs des femmes démunies de la ville de Goma et aux frais de fonctionnement de PAIF.

Cet argent a été déclaré brûlé dans la COOPEC (coopérative d'épargne et de crédit) IMARA où il était logé.

Des pertes en vies humaines, pas comme les autres

Bien que le malheur qui a frappé la ville de Goma n'ait pas fait excessivement de pertes en vies humaines, on ne peut pas ignorer la manière tragique dont certaines personnes ont trouvé la mort du fait de la lave. D'autre part, et sur le plan mental on ne sait combien de personnes accuseraient aujourd'hui des troubles psychiques et des crises cardiaques qui tuent également aussi bien des hommes que des femmes.

Pour la journée du 21/01/2002 on rapporte la mort de plus de 60 personnes brûlées vives au moment où elles s'occupaient à soutirer du carburant de la station appartement à Maman Fifi au Centre-Ville. Il semblerait que les femmes étaient plus nombreuses dans la mésaventure à 60% des victimes. Plusieurs personnes dont des femmes sont mortes par asphyxie pendant et après l'événement. La lave dont la température avoisinait les 1250°C pouvait étouffer aussi bien par la chaleur que par les gaz qu'elle contient.

Dans le quartier "les volcans" on a découvert plusieurs jours plus tard les corps carbonisés de 2 femmes, 1 homme et 2 enfants morts certainement par asphyxie due à la haute température dans une cave où ils s'étaient réfugiés. Cernés par la lave, ils n'ont pas pu échapper.

D'autres personnes sont mortes par émotion en apprenant que tous leurs biens étaient calcinés dont 2 femmes mortes de tension cardiaque au quartier Office et 1 au quartier Majengo. On a fait également état de femmes malades polarisées qui ont trouvé la mort pour avoir manqué quelqu'un pour leur venir au secours.

Même au delà de l'apaisement du volcan Nyiragongo, la lave a continué à faire des ravages. Deux femmes, à l'office et à Munigi, dont l'une était enceinte et 5 autres personnes se sont retrouvées dans l'embuscade de la lave apaisée pendant qu'il pleuvait. Tous sont morts asphyxiés et brûlés par la lave encore chaude.

Il est à noter que l'eau de pluie en contact avec la lave provoque le jaillissement des gaz à travers une buée et de la fumée délétères. Comme quoi la prudence est requise à ne pas traverser la lave chaude pendant qu'il pleut.
Hormis les circonstances liées directement à la coulée de la lave, plusieurs femmes ont subi des ennuis physiologiques sévères allant jusqu'à l'avortement et même à la mort de suite des bousculades pendant la distribution de l'aide alimentaire. A la paroisse du Mont Carmel, une femme enceinte a perdu la vie dans ces conditions malsaines.

Et comme si cela ne suffisait pas:les droits élémentaires de la femme sacrifiés

PAIF est une association dont l'objectif essentiel consiste à militer pour les droits de la femme. En cette situation de catastrophe causée par le volcan Nyiragongo, nous avons compris que les femmes à l'instar des hommes étaient soumises à la souffrance. Mais à certains égards quelques aspects de considération auront attiré notre attention accompagnée d'indignation.

Une question de dignité

Bien de compliments sont à formuler à l'endroit de nombreuses femmes qui lors de la débandade ont dû accoucher en plein air parfois sans beaucoup d'assistance. Et comme si cela ne suffisait pas, peu de temps après c'est tout le monde qui se retrouve dans les camps de réfugiés au Rwanda tout comme à l'intérieur de Goma dans la promiscuité la plus totale. Les familles qui se sont retrouvées au Rwanda ont été indignées des mauvaises conditions d'accueil leur réservées. Plusieurs d'entre elles ont été obligées de claquer les portes pour se retrouver à Goma même sans abri.

Dans les camps au Rwanda et les sites réservés à Goma, des familles entières passent la nuit à la belle étoile ou dans des endroits publics. Les sites d'accueil actuellement en fonction sont:

ITIG, Paroisse Saint Esprit, Institut Mavuno, EP. Baraka, EP Karisimbi, Complexe scolaire la Promise, EP. Carmel, Eglise CBK Birere, Esco, Institut Tuungane, ULPGL, Institut Majengo.

Dans ces sites, les femmes se disent fatiguées de dépendre de l'aide alimentaire caractérisée par un certain nombre de frustrations. Non seulement l'aide alimentaire devrait tenir compte de leurs habitudes alimentaires, mais surtout les femmes préfèrent être réhabilitées dans leurs activités habituelles afin de répondre par elles-mêmes aux multiples besoins de leurs familles. Pour d'autres, il est impensable d'assumer convenablement l'éducation des enfants et leur équilibre psychologique dans la promiscuité des camps.

Des femmes sans abri

Des chiffres ont été avancés concernant les familles sinistrées à Goma. On parle de 14 400 familles comprenant une moyenne de 100 800 individus par extrapolation de (n=7) pour la moyenne officielle de la composition familiale . Tout calcul fait à la lumière de ces chiffres, en considérant un homme et une femme, 4 filles sur 7 pour 3 garçons sur 7 par famille, nous en arrivons à conclure que le nombre de personnes de sexe féminin sinistrées serait de loin supérieur à celui des hommes soit 55% des femmes sur 45% des hommes. Les femmes souhaiteraient, non sans raison, que la priorité de l'aide soit focalisée sur la réhabilitation dans des conditions négociées et pas imposées.

Les femmes en détention

Conformément à leurs pratiques habituelles, les animatrices de PAIF ont rendu visite à des femmes détenues dans un amigo de la police d'intervention (P.I) au quartier "les volcans". Ces 3 femmes interpellées pour avoir été assimilées aux "pilleurs" se sont opposées farouchement à la prospection dans leurs maisons par des policiers sans réquisition. Ce qui leur a valu la peine de prison. Elles nous ont confirmé la présence d'autres femmes incarcérées au même endroit, mais qu'il ne nous a pas été autorisé de rencontrer.

Nous rappelons que l'engagement de PAIF en matière de détention de femmes s'articule autour des trois objectifs transparents qui sont:

- Comprendre et analyser les motifs de détention,
- Se rendre compte des conditions de détention,
- Aider à faire le suivi des dossiers et le cas échéant prendre la parole en faveur des femmes jugées innocentes ou celles qui sont accompagnées de leurs bébés.
§Nul ne peut être arrêté, détenu ou exilé arbitrairement (Art. 9 de la déclaration universelle des droits de l’homme )
 
L'Aide alimentaire entre le bien et le mal

Il a été frappant de constater cet élan de solidarité tant au niveau national qu’international pour apporter une aide urgente aux sinistrés de Goma. Des gouvernements, par exemple la Belgique, l'Afrique du Sud, la Grande Bretagne, la Suède, la Norvège, Kinshasa ainsi que les organismes internationaux ont très rapidement consenti de l'aide substantielle à la communauté de Goma.

Pendant que la gestion et la distribution de l'aide se poursuit entre la société civile et les organismes humanitaires, les femmes de Goma s'interrogent : "Qui a demandé notre point de vue quant à la nature de l'aide ?" Et de poursuivre : ´Nous voulons bien recevoir de l'aide alimentaire mais il est préférable d'être prioritairement logées dans de bonnes conditions. Nous demandons d'être réhabilitées dans nos activités du petit commerce pour continuer à nous débrouiller par nous-mêmes. La nourriture que nous recevons en plus de ce qu'elle ne répond pas exactement à nos besoins, elle est distribuée dans des conditions de frustration. Pour accéder à quelques kilos de farine on passe des journées à courir derrière les bureaux d'enregistrement. Quand on a obtenu le jeton, c'est la même chose avant d'être servi. Et cela ne va pas sans casse, au milieu des bousculades et de la bastonnade par les agents de l'ordre.™ 
Dans ces conditions, plusieurs personnes ont été blessées et 2 femmes enceintes auraient été tuées dans ce qu'il convient d'appeler "la bagarre du ventre".

La femme de Goma revisite la corvée de l'eau

Avec l'éruption du volcan, la coulée de lave est venue interrompre les canaux de distribution de l'eau dans la ville de Goma. Aujourd'hui des quartiers entiers se trouvent coupés de l'eau et de l'électricité même là où la lave n'est pas passée. Bien qu'il soit entendu que des efforts on ne peut plus louables ont été entamés aussi bien par la REGIDESO que par quelques organismes internationaux pour rétablir l'eau dans certains quartiers, la question de l'eau est redevenue une véritable corvée pour la femme.

Tout comme à la distribution de l'aide alimentaire, les femmes doivent parcourir des longues distances pour trouver un point d'eau. Là aussi il faut attendre parfois une demi-journée avant d'accéder au robinet.

Dans certains quartiers on voit des femmes et des enfants (surtout les filles) à la recherche de l'eau jusque dans les heures tardives et même au petit matin. Ailleurs, l'on doit se contenter de puiser l'eau du lac avec tous les inconvénients que cela représente sur le plan sanitaire.

Une marche protestatrice des sinistrés au sujet de l'aide

Environ 2500 sinistrés de Goma se sont retrouvés dans la rue ce vendredi 15/02/02 sous la bannière de la SOSINYI "Solidarité des Sinistrés de Nyiragongo" pour protester contre ce qu'ils appellent la mauvaise élaboration des listes de distribution par le pouvoir public. S'adressant à l'agence onusienne OCHA, les sinistrés ont proposé une liste jugée plus objective de 13 000 sinistrés. De leur entretien, il a été convenu d'harmoniser les listes présentées par la SOSINYI avec celles qui sont à la disposition du PAM, de constituer des comités de surveillance de commun accord avec la société civile et les autorités provinciales, d'organiser une distribution spéciale en faveur des sinistrés qui n'ont jamais reçu de l'aide.

La reprise de la vie sera-t-elle possible pour la femme de Goma

Les femmes de Nyiragongo abandonnent la houe

Dans le Territoire de Nyiragongo, selon le dire des gens, la mémoire collective retient qu'en période d'éruption volcanique, les haricots ne poussent pas dans les environs du volcan. Ce qui a fait que pour la saison culturale en cours on n'a pas semé des haricots, puisque se dit-on qu'ils ne vont pas pousser.

Cependant, l'on peut se demander si cette crainte est fondée lorsque les scientifiques répondent en démontrant que la situation de l'agriculture dépendant des vents, des pluies, de la température et de l'altitude ne pourrait être perturbée par un phénomène aussi localisé que le volcan.

Les associations partenaires à PAIF veulent à tout prix recommencer .

Dans les conditions de la tragédie qui a frappé fortement l'économie des habitants de Goma, il n'est pas évident d'envisager la reprise lorsqu'on a tout perdu. Mais les associations des femmes oeuvrant essentiellement dans le secteur informel semblent déterminées à se dépasser pour se remettre tout de suite sur les rails. Quelques mécanismes de ressaisissement mis en place par les femmes ont retenu particulièrement notre attention. Ils sont basés sur un mécanisme de solidarité tel que :

- le partage-redistribution des petits fonds de crédit détenus par les membres qui n'ont pas été dépossédés,
- les femmes qui n'ont pas été sinistrées s'organisent en mettant en jeu quelques biens de valeur qui ont subsisté en famille,
- d'autres sollicitent des petits crédits en espèce ou en nature auprès de leurs anciens créanciers, question d'amitié et de crédibilité.

Au vu des problèmes que PAIF a connus, certaines des associations féminines, telle que AFM, MAJIRANE, MKATE SAFI, AMAVES se sont mobilisées pour nous venir en aide, ce dont nous leur sommes très reconnaissants.

Au total 17 associations parmi les 30 partenaires de PAIF ont repris, tant soit peu, leurs activités. Pour la plupart, elles sont recensées dans les domaines essentiels du petit commerce de spéculation et quelques peu dans le domaine agricole.

...Mais il faudra savoir vivre avec le volcan

De part les frustrations qu'elles ont subies à la suite de l'éruption du volcan Nyiragongo du 17/01/2002, certaines femmes, et pas elles-mêmes, semblent ne plus rien espérer de l'avenir. D'aucunes pensent que la vie à Goma et ses environs n'est plus possible. La conscience de ce volcan toujours présent et en mesure de se manifester à chaque instant horrifie encore plus certains esprits.

Toutefois, rendons-nous compte que le volcan est un voisin permanent et dangereux sur lequel nous n'avons pas d'emprise réelle. Ainsi les hommes avertis nous suggèrent-t-ils d'adopter un certain nombre de comportements:
 
 - Être attentifs aux consignes qui seront données régulièrement par les spécialistes des volcans; ceci suppose que le système d'observation du volcan aura été renforcé.
- Être prêts à vider les lieux en cas d'alerte officielle attestée par les personnes compétentes en la matière.
- En cas d'éruption volcanique, éviter de marcher sur la lave chaude et fumante pendant la pluie.
- Éloigner les jeunes enfants de la sphère de la lave récente.

 
 
 
 
 
 
 
 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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