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UNE ATTENTION PARTICULIÈRE DE LA COMMUNAUTÉ INTERNATIONALE DOIT ÊTRE DIRIGÉE VERS L’EST DE LA RDC

Le Groupe de Travail des ONG sur les Femmes, la Paix et la Sécurité (NGOWG) [1] exprime sa profonde inquiétude face à la situation que vivent les populations de l’Est de République Démocratique du Congo (RDC), particulièrement les femmes et les filles, surtout en cette période de conflit. Les femmes actives dans les mouvements et organisations en RDC ont contacté le NGOWG pour son assistance et pour demander au Siège de l’ONU de prêter attention à la guerre la plus sanglante dans le monde et d’agir pour arrêter les atrocités et aider à l’organisation des élections en RDC.

Le Coordonnateur des Actions Humanitaires de l’ONU a récemment reconnu que l’Est de la RDC constituait l’une des urgences humanitaires [2] les plus négligées au monde, et les récentes initiatives des Nations unies à répondre aux allégations d’une vaste exploitation sexuelle et d’abus par le personnel de la Mission des Nations Unies en RDC (MONUC), sont pour nous des signes encourageants. Nous soutenons la récente demande du Secrétaire Général de plus de policiers et d’enquêteurs francophones dans la lutte contre l’exploitation sexuelle et les abus au sein de la MONUC [3], tout en espérant que cet appel sera entendu par les Etats membres, avec le déploiement du personnel demandé le plus rapidement possible. Ces nouvelles mesures introduites à la MONUC pour répondre aux cas d’exploitations sexuelles et d’abus et pour essayer de prévenir de nouveaux cas, nous donnent davantage de courage. Cependant, ces nouvelles mesures doivent être accompagnées d’actions concertées au niveau national, à travers une formation systématique en genre et une formation sur l’exploitation et les abus sexuels avant le déploiement. A ce titre, nous saluons la reconnaissance par l’ONU, et l’encourageons à mettre l’accent, sur le manque de fonds pour les opérations de maintien de la paix en RDC.

On estime pour les six dernières années, à 3.8 millions le nombre de personnes mortes de misère ou de maladies suite à la guerre en RDC [4]. Selon Jan Egeland, Sous Secrétaire Général pour les Affaires Humanitaires, quelques 1.000 morts par jour peuvent être évitées. En plus de la violence sexuelle et sexo-spécifique perpétrée par les groupes armés; les femmes et les enfants ont été victimes de la vaste exploitation sexuelle et d’abus de la part du personnel de la MONUC [5]. Le NGOWG soutient la recommendation du Secrétaire Général de sanctionner les groupes qui utilisent les enfants soldats et la reconnaissance que l’abus sexuel en RDC est sans doute devenu pire ici que dans n’importe quel autre coin du monde [7].

La situation est aggravée par la complexité du conflit, avec jusqu'à 20 groupes armés différents à tout moment [8]. Récemment, deux conflits, le premier mettant en cause deux milices de tributs armées par l’Ouganda, et le second armé par le Rwanda, ont causé la fuite de 20.000 réfugiés du nord-est de la RDC vers l’Ouganda [9]. Ces incidents sont des preuves manifestes que la République du Rwanda et de l’Ouganda continuent de violer l’Accord de Paix de Lusaka de 1999 et celui de Pretoria de 2002. Le NGOWG demande au Conseil de Sécurité de s’attaquer aux manquements à ces accords reconnus sur le plan international et aux effets dévastateurs et durables de tels comportements barbares, particulièrement en élargissant les forces de la MONUC.

Le 7 janvier 2005, une proposition du président de la commission électorale nationale de reporter les élections de juin a causé des émeutes dans une nation déjà en crise [10]. En outre, le NGOWG conseille vivement aux Nations unies et à la communauté internationale de reconnaître l’importance, et la mobilisation pour aider à l’organisation d’élections démocratiques le plus vite possible. Nous croyons qu’un gouvernement élu démocratiquement dans des élections légitimes, est une pierre de gué essentielle vers la réalisation d’une source d’inspiration dans une région qui a désespérément besoin d’aide [11]. Le NGOWG demande vivement au Conseil de Sécurité d’assurer la promotion de la RCS 1325 en mettant en œuvre des programmes pour promouvoir l’engagement et la participation des femmes dans le processus électoral. En plus, la communauté internationale doit utiliser toutes les méthodes à sa disposition pour mettre fin aux crimes qui se passent en RDC et aider à sa réhabilitation.

 

[1] Le Groupe de Travail sur les Femmes, la Paix et la Sécurité a été mis sur pied en mai 2002 afin de plaider pour une résolution du Conseil de Sécurité (RCS) sur les femmes, la paix et la sécurité. Ceci a été réalisé en collaboration avec l’adoption à l’unanimité de la RCS 1325 le 31 octobre 2000. En ce moment le NGOWG plaide pour et contrôle la participation des femmes, la prévention des conflits et la protection de tous les civils, afin d’assurer une rapide et entière mise en œuvre des promesses de la RCS 1325.

[2] Communique de presse du Service de Presse de l’ONU, « L’Est de la RDC Dépasse le Darfour en tant que Urgence humanitaire la plus Grande et la plus Négligée », New York, 16 mars 2005.

[3] Voir la lettre du Secrétaire Général au Conseil de Sécurité daté du 9 février 2005. Le rapport du Bureau des services de contrôle interne des Nations Unies a révélé que le personnel de la MONUC est engagé dans une exploitation sexuelle et d’abus sur les femmes et filles congolaises, moyennant un paiement allant de deux œufs à $5 par activité.

[4] The Economist, An almost Hopeless Case, 22 janvier 2005. Selon les rapports du Réseaux d’Information Régionaux Intégrés (IRIN), le Rwanda a aussi envahi la RDC en 1996 et en 1998 avec comme excuse la chasse aux combattants Hutus basés dans l’Est du Congo.

[5] Voir le rapport du Secrétaire Général sur les « enquêtes faites par le Bureau des services de contrôle interne sur le allégations d’exploitation et d’abus sexuels au niveau de la Mission des Nations unies en République Démocratique du Congo » (A/59/661).

[6] Wall Street Journal, 10 février, 2005. Selon le rapport de IRIN, 30% des combattants sont des enfants.

[7] Voir Communique de presse du Service de Presse de l’ONU, « L’Est de la RDC Dépasse le Darfour comme la plus Grande Urgence humanitaire et la plus Négligée », New York, 16 mars 2005.

[8] Id.

[9] The Economist, An almost Hopeless Case, 22 janvier 2005

[10] Id.

[11] Id. Présentement, la RDC n’a pas de gouvernement central, mais plutôt quatre vices présidents qui représentent les quatre régions.